L’Arctique : quand le changement climatique engendre une géopolitique exacerbée


Le changement climatique dans l’océan Arctique sera certainement une des conséquences de l’augmentation des échanges maritimes à l’intérieur du cercle polaire et aux abords de celui-ci, en raison du recul de la banquise qui va permettre l’ouverture de nouvelles routes et de passages beaucoup plus fréquents dans cette partie du globe, raccourcissant ainsi énormément les trajets maritimes. Par ailleurs, le sous-sol de la région arctique abritent de très importantes ressources énergétiques de pétrole et de gaz, ainsi que minières (argent, or, fer, cuivre, diamants). Les Etats limitrophes du cercle arctique sont particulièrement intéressés et une tension est nettement perceptible dans cette région polaire. Les Etats avaient jusqu’au 13 mai 2009 pour demander une extension de leur ZEE (Zone économique exclusive) auprès du Conseil de l’ONU qui devra statuer sur ces différentes demandes.

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Greenland 2005 – In the summer of 2005 the Greenpeace ship Arctic Sunrise (ship’s weblog) traveled the coast of Greenland, documenting the effects of rapid Arctic warming as part of Project Thin Ice. Copyright Greenpeace/ADavies (Licence Creative Commons)

1) En terme de changement climatique,des chercheurs de l’INSU-CNRS, de l’Université Joseph Fourier ( Grenoble) et de l’Université de Savoie ont montré l’accélération de la dérive de la banquise arctique depuis 30 ans. Suite à l’expédition de la goélette Tara, ces chercheurs du CNRS ont analysé l’évolution des trajectoires de plus de 600 bouées situées dans la banquise depuis environ 30 ans.Une augmentation de la vitesse moyenne de dérive des glaces de 10% tous les dix ans a été mesurée et l’étude des trajectoires entre les bouées permet de calculer la vitesse de déformation de la banquise ; cette vitesse de plus de 50% par décennie, aussi bien été qu’en hiver selon les chercheurs de l’INSU-CNRS.

Pour plus d’information sur la fonte des glaces de mer en 2009 dans l’Arctique, lire (ou relire) : « Arctique : la quantité de “vieille glace” a atteint son record le plus bas en février 2009« , ainsi que « Fonte des glaces de l’Arctique sur Google Earth » et le dossier sur l’Arctique « Arctic Sea Ice » du Earth observatory de la NASA

2) Les conséquences directes de ce réchauffement sont en premier lieu, l’ouverture de routes maritimes dans le cercle polaire. Au cours de l’année 2008, la route Nord-Est, qui traverse le haut de la Russie, et celle du Nord-Ouest dans la partie supérieure des Etats-Unis étaient « ouvertes » durant la même période. Il est évident que les routes reliant les océans Atlantique et Pacifique pourraient réduire les itinéraires de transport d’environ 40%, ce qui soulève la perspective d’un grand nombre de cargos contournant le pôle Nord en été, et parmi eux, les cargots des sociétés pétrolières, élevant le risque de pollution à un niveau élevé : des chantiers sont déjà en cours pour exploiter les champs pétroliers  et gaziers dans la mer de Barents et en Russie dans la péninsule de Yamal. Si en 2002, un peu plus de 5 millions de tonnes de pétrole ont quitté la mer de Barents, en 2010, près de 150 millions de tonnes pourraient être expédiées… La Norvège a donc déjà demandé, depuis 2 ans, à l’Organisation maritime internationale, le transfert un peu plus au Nord de ses côtes, des routes maritimes en cas de marée noire ou de déversement d’hydrocarbure ;  le pays a également créé un Centre national pour la connaissance du développement durable des transports et de la logistique en Arctique à Kirkenes ainsi qu’un centre de contrôle du traffic maritime dans la ville de Vardø.

Arctique : carte de localisation (Google Maps)

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Par ailleurs, le risque de voir arriver un plus grand nombre de touristes dans cette région quasi « inconnue », pose un problème majeur en termes de manque de services de recherche et de sauvetage, les cartes de l’Arctique étant changeantes. La navigation reste donc encore très aléatoire et l’établissement d’un trafic régulier est difficile à mettre en place. Enfin, la circulation des cargots et des navires risquent d’accentuer la fond des glaces.

Capture d’écran de l’infographie « La bataille de l’Arctique » parue dans Le Monde.fr le 14/05/09

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3) Les richesses énergétiques et minières de l’océan Arctique : en particulier les réserves d’hydrocarbures représenteraient près d’1/4 des réserves non découvertes à ce jour soit 100 milliards de baril de pétrole et 90 milliards de mètres cube de gaz sous l’océan. La Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Norvège, la Finlande, l’Islande, la Suède et le Danemark pour le Groenland sont des Etats du cercle arctique. Certains souhaitent une révision de leurs frontières pour profiter de cette opportunité économique. C’est pourquoi une commission des Nations Unies va mettre en place le découpage.

Géopolitique de l’Arctique : la course pour les ressources

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Carte réalisée par Philippe Rekacewicz en octobre 2007 « Cartographier le présent« 

Téléchargeable également en .pdf  pdf

L’USGS (US Geological Survey) propose également un article datant de Mai 2008, avec d’excellentes cartes sur les gisements de pétrole et de gaz estimées : pdf (en anglais).

A lire (ou relire sur Planète Vivante) : Sommet au Groenland : quel statut pour l’Arctique ?

4) Enfin, la Déclaration d’Ottawa de 1996, a officiellement créé le Conseil de l’Arctique, forum intergouvernemental de haut niveau, assurant la promotion de la coopération, la coordination et l’interaction entre les États de l’Arctique sur les questions de développement durable et la protection de l’environnement dans cette vaste région, avec la participation des communautés autochtones et les habitants de l’Arctique.Les États membres du Conseil de l’Arctique sont le Canada, le Danemark (y compris le Groenland et les îles Féroé), la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Russie, la Suède et les États-Unis d’Amérique.

De plus, les organisations suivantes sont membres permanents du Conseil de l’Arctique :

Pour terminer, regardons la video de la bande annonce du film documentaire « Dans les pas de Paul-Emile Victor, l’aventure polaire« … une autre époque !

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