Cyclone Aila dans le golfe du Bengale : exemple de l’interaction pauvreté/risques dus aux catastrophes naturelles


Dix jours après le lancement  d’un rapport mondial sur la réduction des risques dus aux catastrophes naturelles par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon (17 mai 2009),  le cyclone Aila conforte l’utilité de ces travaux scientifiques mais encore plus l’implication sur le terrain.

India Cyclone

Cette photo (Mercredi 27 mai 2009) provenant de l’Indian Defense Ministry, est une vue aérienne d’un village isolé et abandonné aux alentours du village de Gosaba, près des Sundarbans, à environ 150 kilometers au Sud de Calcutta (Inde). De fortes pluies ont causé des coulées de boue, ralentissant les opérations de secours.  (AP Photo/Indian Defense Ministry, HO)

La réduction des risques à travers une politique de gestion d’un développement durable et surtout d’une adaptation au changement climatique dans les pays en développement, permettrait, en partie, une réduction de la pauvreté, les catastrophes naturelles se transformant très souvent en catastrophes humanitaires à fort impact économique dans les régions les plus pauvres de la planète.

En effet, certaines catastrophes ont un impact disproportionné sur les populations les plus pauvres des pays en développement comme ont pu le prouver les épisodes désastreux de l’année 2008 (cyclone Nargis au Myanmar, séisme en Chine, 3 ouragans majeurs dans la zone des Caraïbes, inondations catastrophiques en Afrique et en Asie…) et depuis le début de l’année 2009 (cyclone Bijli au Bangladesh, séisme en Afghanistan, cyclones Jade, Eric et Fanèle à Madagascar, séisme au Costa Rica en janvier…)  .  Pourtant ce phénomène n’est pas nouveau ; Ben Wisner, K. Westgate et P. O’Keefe ont déjà soulevé le problème de cette interaction pauvreté et catastrophes naturelles (« Poverty and Disaster. » New Society (London), 9 September, pp. 546-548), de même que le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) dans un rapport de 2004, « Reducing Disaster Risk: a Challenge for Development« .

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Des villageois affectés par le cyclone Aila fuient de la région de Shabakhali dans la zone du delta des Sundarbans, à environ 160 km au Sud-Est de Calcutta. [Photo prise le 27 mai 2009, REUTERS/Stringer (INDIA)]

Le cas du Golfe du Bengale : occupant environ 2,173,000 km2, il est bordé par le Sri Lanka, l’Inde, le Bangladesh, le Myanmar et le Nord de la Péninsule malaise. De nombreux fleuves, comme le Gange et le Brahmaputre parcourent les terres et se jettent dans le golfe. Situé à une latitude comprise entre 5° et 22° Nord, il est sous l’influence du climat de mousson : de novembre à avril un système continental de hautes pressions, au nord de la baie, induit des vents du Nord-Est (la mousson du Nord-Est) caractéristique de la saison hivernale. Pendant l’été, de juin à septembre, au Nord, c’est la mousson apportant la pluie du Sud-Ouest ainsi qu’une chaleur intense qui produit un système de basses pressions sur le continent (inondations fréquentes).

Carte du Golfe du Bengale

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Source : Encyclopedia Britannica

De fortes tempêtes tropicales et des cyclones, accompagnés de vents violents ont lieu en avril et en mai et des pluies torrentielles  en octobre-novembre, durant les semaines précédant le début des moussons et présentes également à la fin de celles-ci. Le total des précipitations au cours d’une année, varie de 1500mm à 2000mm dans la partie occidentale du delta et de 2000mm à 3000mm dans la partie orientale.

Par ailleurs, le niveau de la mer varie durant l’année. Le golfe du Bengale est donc soumis à un risque potentiel de tsunami, comme en décembre 2004, suite à un tremblement de terre sous-marin à proximité de l’île indonésienne de Sumatra, dévastant les secteurs côtiers du golfe, en particulier au Sri Lanka et dans les îles Andaman et Nicobar.

Les événements climatiques extrêmes y sont donc particulièrement fréquents et entraînent des dommages particulièrement importants tant en termes de population que d’économie. Le milieu environnemental est également particulièrement touché, cette région géographique étant caractérisée par la présence d’un écosystème marin tropical comprenant marécages, marais et mangroves, ces dernières étant considérées comme de véritables nurseries pour de nombreuses espèces. De grands ports sont également menacés lors des cyclones, comme Calcutta en Inde, Dakha et Chittagong au Bangladesh. (Encyclopedia Britannica, Bay of Bengal et « Entre mangroves et lagon : île Mayotte« , Disparition alarmante des mangroves (FAO, 2008), Projet Action-Mangrove en Indonésie.

Delta du Gange, Inde et Bangladesh (Nasa, Novembre 1994)

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Le delta du Gange est le plus grand delta dans le monde. Avec ses  vastes étendues de mangrove, sa végétation de marais et ses dunes de sable, il est caractéristique de nombreuses côtes tropicales et subtropicales. La végétation atténue les effets du vent et l’action des vagues. Cependant, la demande croissante en bois de charpente et de chauffage est supérieure à la vitesse de croissance naturelle des arbres de la mangrove. Les images satellites de ce type permettent de contrôler les changements environnementaux du delta causé par la pression démocraphique et permet également de dresser des cartes de changements géologiques de la croissance du delta.

Enfin, entre 125 et 143 millions de personnes vivent sur le delta, malgré des risques d’inondations causées par les moussons, la fonte des neiges de l’Himalaya et les cyclones tropicaux. Or, une grande partie de la population du Bangladesh vit dans le delta du Gange et un pourcentage élevé du pays dépend du delta pour sa survie. Plus de 300 millions de personnes dépendent du delta et environ 400 millions de personnes voient leurs activités et leurs ressources directement liée au bassin du Gange, le plus peuplé au monde. La plupart des zones deltaïques du Gange ont une densité supérieure à 200 habitants/km2, faaisant de cette région une des plus densément peuplée de la planète.

Bangladesh Cyclone

Foule de Bangladeshis recevant une aide matérielle après le passage du cyclone ayant affecté le village de Nowabanki à Shatkhira, à environ 176 kilometers au Sud-Ouest de Dhaka, Bangladesh, vendredi 29 mai 2009. De fortes pluies ont causé des coulées de boues mortelles et l’accessibilité des secours a été ralentie. (AP Photo/Pavel Rahman)

Environ les 2/3 de la population du Bangladesh est rurale, cultivant les plaines fertiles du delta (cultures de jute, de thé et de riz). La pêche est également une activité importante dans la région de delta, le poisson étant une source majeure d’alimentation pour beaucoup de gens dans ce secteur. Ces populations sont pauvres et au cours des dernières années, les scientifiques ont aidé les pêcheurs du delta à améliorer les méthodes de pisciculture, en transformant des étangs inutilisés en centres piscicoles viables, leur permettant ainsi d’améliorer leur niveau de vie. Grâce à l’utilisant de nouveaux systèmes, la production de poisson a augmenté de 800 % (crevettes et saumon).

Certes, au niveau mondial, l’interaction du développement économique et de la densification de la population, du changement climatique et des conditions sanitaires conditionnent les impacts, tant en termes de pauvreté qu’en termes de risques de désastre dans n’importe quel pays donné. Un des plus grands défis auquel la population vivant dans le delta du Gange devra faire face dans les prochaines années est certainement celui de la montée du niveau de la mer dû au changement climatique. En effet, selon les scientifiques, une élévation de 0,50 mètres pourrait causer la disparition des habitations de 6 millions de personnes.

Selon les autorités de l’Inde et du Bangladesh, le cyclone Aila aurait causé la mort d’environ 200 personnes (130 au Bangladesh et 64 en Inde selon les autorités de ce pays) et un million d’autres sont sinistrées, dont 500 000 au Bangladesh qui se sont réfugiées dans des abris temporaires, les autorités signalant que 100 personnes sont portées disparues, en dépit des progrès effectués en matière de prévision.

Carte publiée le 26 Mai 2009 montrant les zones affectées dans chacun des deux pays : Inde et Bangladesh

IFRCR

Source : ReliefWeb

Pour mémoire, en avril 2009, le golfe du Bengale a été balayée par le cyclone Bijli. Plus de 200 000 personnes avaient été évacuées vers des campements dans les districts de Chittagong, de Cox’Bazar (Bangladesh) et dans les nombreuses îles du golfe. Des tempêtes et des cyclones s’abattent presque tous les ans sur le Bangladesh : lourd bilan, en novembre 2007 après le passage du cyclone SIDR, accompagné de vent de 240 km/h (800 disparus, 8,7 millions de sinistrés et 1,5 milliard de dollars de dégâts).

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