Villes et changement climatique


Marseille accueillait, du 28 au 30 juin 2009, le Ve symposium sur la recherche urbaine, sur le thème  » Les villes face au changement climatique : répondre à un agenda urgent » (programme), symposium organisé par la Banque mondiale.

Marseille : vue depuis Notre-Dame de la Garde

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Photo JM pour Planète Vivante, Juillet 2003

Ce symposium a réuni de nombreux chercheurs du monde entier, mais aussi des opérateurs et des décideurs (plus de 150 intervenants) afin de débattre des nombreuses problématiques relatives au développement urbain dans le cadre du changement climatique.

Le but de cette rencontre était de tenter de répondre aux questions suivantes : Comment comprendre et mieux mesurer l’impact du changement climatique sur les villes et des villes sur le climat ? Comment améliorer l’efficacité énergétique des villes dans le choix des infrastructures et de l’environnement bâti ? Quels sont les modes de gouvernance, de planification et de gestion urbaine à adopter pour répondre au mieux aux enjeux du changement climatique ? Quels outils incitatifs et quelles politiques urbaines doivent être mis en place pour, à la fois, réduire la vulnérabilité et améliorer l’efficacité énergétique des villes ? Comment appréhender et vaincre la vulnérabilité des populations les plus défavorisées face au changement climatique ?

Les territoires urbains sont au coeur des enjeux sur le changement climatique. En effet, si au début du XIXe siècle la planète ne comptait que 2% d’urbains, à l’heure actuelle, ceux-ci représentent plus de 50% de la population mondiale et ils risquent d’atteindre 60% dans les 20 prochaines années. Déjà, les continents les plus développés comme l’Europe et l’Amérique du Nord sont les plus urbanisés avec respectivement 70 et 80 % de la population vivant en ville. L’Amérique latine qui a commencé très tôt son processus d’urbanisation compte 77 % de sa population dans les villes. Par contre, l’Afrique et l’Asie sont encore des continents très ruraux même si les urbains devraient être majoritaires dans les prochaines décennies. Et il est indéniable que les Suds seront les plus urbanisés, en raison d’une forte croissance démographique et en soulignant que déjà, 1/3 de la population mondiale (1 milliard de personnes) vit dans des bidonvilles.

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Si les très grandes villes dans le monde ont un impact sur l’environnement qu’il est nécessaire de réduire, il est également urgent d’atténuer les conséquences du changement climatique sur les zones urbaines en sachant que l’adaptation de ces dernières est un réel et énorme défi, d’autant que les populations les plus démunies seront les plus touchées et que la planification urbaine et le développement durable urbain sont à construire dans ces villes. La Banque mondiale a adopté, en octobre 2008, un plan stratégique sur le changement climatique et le développement qu’elle a également élargi aux zones urbaines dont s’occupaient déjà l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Union européenne, l’ONU ou l’Agence française de développement (AFD).

« La politique actuelle date de 2000 et s’attachait aux questions de gouvernance et de compétitivité, pas aux enjeux liés à l’environnement. Depuis, l’urbanisation s’est encore accélérée et les risques liés au changement climatique se sont précisés. » (Le Monde, 29/06/2009)

Les premières conclusions de ce symposium sont les suivantes :

1) De très nombreux pays, très divers, sont touchés par ce problème étant donné que la population urbaine ne cesse de s’accroître. Les défis ne concernent plus seulement la densité et l’étalement urbains mais aussi la consommation d’énergie, la pollution… et chaque cas nécessite une réponse adaptée.

2) Si les villes doivent émettre beaucoup moins de CO2, il est aussi important de se préoccuper des impacts du changement climatique et des risques sur ces mêmes villes (revoir à ce sujet les articles « Changement climatique et villes portuaires : horizon 2070 » et « Comment lutter contre les inondations en milieu urbain ? »

Les très grandes villes de l’Asie orientale

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Source : World Bank, Climate résilient cities, 07/2008

3) Par ailleurs, les populations les plus démunies vivent dans les villes dont la situation environnementale est particulièrement difficile et où la gestion des déchets, de la pollution et de l’eau est, dans de nombreux cas, inexistante. A titre d’exemple, plus de 50 % de la population urbaine d’Afrique subsaharienne et 40 % de la population urbaine d’Asie du Sud n’a toujours pas accès au système d’assainissement de base. Ces grandes villes sont également situées dans des zones géographiques à haut risque (360 millions de personnes dans les zones côtières de basse altitude) et dans ce cas, c’est toute une dimension humaine et sociale qui est en cause.

Population côtière de pays asiatiques à haut risque en cas d’élévation du niveau de la mer

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Source : World Bank, Climate résilient cities, 07/2008

4) En raison de la croissance urbaine rapide, il est important, principalement dans les pays en développement et émergents de construire des villes nouvelles « pensées » pour éviter l’étalement anarchique des villes déjà existantes. Cependant il est indispensable de tenir compte de nombreux facteurs et, entre autre, de l’histoire et de la culture des différents pays concernés.

Manille (Philippines) : bidonvilles et ligne de gratte-ciels

manille

Photo UN-Habitat

Mais comment chiffrer et donc définir des indicateurs fiables de l’impact des villes sur l’environnement ? (Source : Banque Mondiale, 2007)

Au cours des vingt-cinq prochaines années, les deux tiers de l’humanité vivra dans les villes. Cette densité et cette diversité ont déjà actuellement un impact sur les hommes et la planète des plus importants et constitue un enjeu majeur du monde d’aujourd’hui et de demain. Un large éventail d’indicateurs a été élaboré pour aider à contrôler et à améliorer les performances des villes. Les villes, en moyenne, collectent chacune plus de 100 indicateurs par an, et, dans certains cas, plus d’un millier. 8 villes pilotes ont été choisies : Belo Horizonte (Brésil), Bogota et Cali (Colombie), Montréal (Canada), Porto Alegre et Sao Paulo (Brésil), Toronto et Vancouver (Canada) et le Comté de King (Etat de Washington, Etats Unis). Elles ont collecté plus de mille différents indicateurs, dont seulement trois étaient communs à toutes les villes. Bien sûr, les coûts de collecte sont considérables et difficiles à quantifier complètement étant donné que la collecte des indicateurs ne fait généralement pas l’objet d’une ligne budgétaire spécifique.

Belo Horizonte

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Photo World Bank, 2008

Alors que ces indicateurs destinés à mesurer les performances des villes sont couramment utilisés par de nombreux niveaux de gouvernement, par le monde universitaire et par des organismes internationaux, ils ne sont pas encore standardisés, cohérents, ou comparables, ni à travers le temps ou ni entre chaque ville. Ce problème limite énormément l’observation et les propositions de tendances à observer dans le domaine urbain en général. Il est donc primordial de mettre au point un modèle complet et exhaustif qui permettrait de mesurer et de suivre les évolutions des villes dans le temps, notamment à travers le critère de la qualité de vie. Ce modèle serait particulièrement utile pour les élus, les différents gestionnaires des villes ; il faciliterait les comparaisons entre les villes et renforcerait la responsabilité en terme de gouvernance urbaine.

Cali, Colombie

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Photo Banque Mondiale

Ce programme s’appuie sur de nombreux travaux existants, en particulier le Programme des indicateurs urbains de l’ONU-HABITAT à travers la Base de données des indicateurs urbains mondiaux et les Observatoires Urbains Mondiaux. Le Programme global d’indicateurs des villes, mis au point par la Banque mondiale en 2008, fournit un ensemble d’indicateurs déterminés tenant compte de la comparabilité mondiale et du partage des idées et des connaissances dans le domaine de l’essor urbain actuel, à partir desquels 10 indices synthétiques ont été construits.  Le programme est structuré autour de 22 thèmes selon 2 catégories : 1) mesure des services urbains 2) mesure des facteurs de qualité de la vie (détails ici et ici).

De nombreuses villes rejoignent le programme mais « « Ce sont les villes elles-mêmes qui décident d’adhérer ou non au programme et de compiler ces données, explique Perinaz Bhada, l’une de ses responsables. Nous avons défini des indicateurs simples, flexibles, pas trop chers à collecter. » (Le Monde, 29/06/09). A l’heure actuelle, une quarantaine de villes ont adhéré au programme. Il s’agit aussi bien de villes de pays riches que de villes parmi les plus pauvres en raison de la simplicité des indicateurs et d’un coût de collecte peu élevé.

Toronto, Canada

Toronto

Photo Banque mondiale

Actuellement la base de données la plus complète est celle mise en ligne, depuis septembre 2008, par la Commission européenne  : Urban Audit

Urban Audit est une collecte de données statistiques et d’indicateurs pouvant faire l’objet de comparaisons pour les villes européennes, commencée en 2003. En 2004, le projet a été étendu aux 10 nouveaux Etats membres plus la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, sous  la coordination d’Eurostat. La deuxième collecte a eu lieu entre 2006 et 2007 et a porté sur 321 villes européennes dans les 27 pays de l’Union Européenne, avec 36 villes supplémentaires en Norvège, en Suisse et en Turquie. La collecte de données a actuellement lieu tous les trois ans, mais une collecte annuelle est planifiée pour un petit nombre de variables ciblées.

Collecte de 2006-2007

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Sources : Urban Audit / Eurostat

En conclusion, on peut espérer que ces outils mis en place permettront de mesurer la vulnérabilité des villes face aux impacts du changement climatique, par le biais d’indicateurs simples et efficaces à appliquer. En effet, cette vulnérabilité des villes apparaît comme sous-estimée. Au cours du Ve Symposium, une vingtaine de cas « Climat locaux » à l’échelle des villes de plusieurs pays ont été présentés, mettant en exergue les dilemmes auxquels les autorités locales sont confrontées puisqu’elles doivent jongler entre objectifs économiques et environnementaux. Enfin, le rôle de l’empreinte carbone, des outils de management des risques, d’une construction et d’une agriculture plus respectueuses de l’environnement, la prise en compte des flux migratoires, des conflits locaux, etc., ont aussi été abordés.

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