Eradiquer la faim dans le Monde (Sommet de la FAO 16-18 novembre 2009)


Les chefs d’Etat et de gouvernement sont réunis depuis hier, lundi 16 novembre et pour 3 jours, à Rome, au siège de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Ce sommet a pour but de mobiliser la volonté politique requise pour accroître les investissements dans l’agriculture et relancer l’effort international de lutte contre la faim. En effet, l’insécurité alimentaire mondiale s’est aggravée,  les prix des denrées alimentaires se maintiennent à des niveaux élevés dans les pays en développement… et le nombre de personnes souffrant de la faim ne cesse d’augmenter. En dépit de l’urgence alimentaire, aucun représentant des pays du G8 n’est présent à Rome.

La faim est un terme global qui regroupe des notions différentes comme celle de la malnutrition, les maladies de carence, la disette ou la famine. Ces notions sont clairement définies dans l’ouvrage de Sylvie Brunel : Nourrir le Monde (2009), géographe, spécialiste du développement et ancienne présidente de l’organisation humanitaire, Action contre la Faim. Elle souligne notamment que la mesure du phénomène de la faim est particulièrement complexe et que « Seules, des enquêtes locales de consommation réalisées à l’intérieur des familles, sur une durée suffisamment longue peuvent permettre d’appréhender l’ampleur de la malnutrition chronique« .

Une étude menée entre le 22 juin et le 1er juillet 2009 par Action contre la Faim à Abéché au Tchad et réalisée sur un échantillon de 854 enfants, montre que 3,2 % d’entre eux souffriraient de malnutrition aiguë sévère, se manifestant par un très faible rapport poids/taille et un dépérissement grave visible selon un article publié sur le site de l’IRIN (Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies).

Photo: Celeste Hicks/IRIN

Au cours du Sommet mondial de la Sécurité alimentaire se tenant acutellement à Rome, les chefs de gouvernement se sont engagés à « éradiquer la faim dans le monde », qui, actuellement, frappe un milliard de personnes dans le monde. Cet engagement n’est hélas pas nouveau et n’a pas été suivi, jusqu’à présents de mesures concrètes. Tous les pays sont d’accord sur le principe mais aucun délai ni engagements financiers n’ont été fixés, au regret de Jacques Diouf, directeur général de la FAO qui a déclaré lundi 16 novembre 2009 : « Je ne suis pas satisfait du fait qu’il n’y ait pas d’engagement quant à la date, au montant et aux conditions » (Le Monde). Alors que les documents préparatoires évoquaient l’année 2025 [comme date butoir], la déclaration finale, adoptée lundi 16 novembre, se fixe comme objectif de « prendre aussitôt que possible des mesures pour éliminer durablement la faim » (Le Monde, 17/11/09).

Rappelons que selon la définition de la FAO, « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les être humains ont, à tout moment, accès à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active« . Or, en 2009, les victimes d’insécurité alimentaires sont très nombreuses (carte ci-dessous) et leur nombre va continuer à augmenter, les prix des denrées alimentaires se maintenant à un niveau élevé.

Faim dans le Monde : plus d’un milliard de personnes touchées

Source : Infographie Le Monde, 19/06/09, mise à jour le 17/11/09

L’Asie et l’Afrique subsaharienne sont particulièrement touchées avec respectivement 642 et 265 millions de personnes souffrant de sous-alimentation. En Afrique de l’Est, ce sont 23 millions de personnes qui sont menacées par la faim. L’exemple du Kenya est est significatif : près de 4 millions d’habitants sont en danger et 1 habitant sur 10 survit grâce à des rations d’urgence. Le gouvernement de ce pays estime que plus de 10 millions de personnes (sur un total de près de 38 millions d’habitants) auraient besoin d’une aide alimentaire. Cette situation est due à la sécheresse qui sévit depuis plus de deux ans, en particulier la région du Turkana au Nord-Ouest du Kenya, région la plus pauvre du pays et à 70 % peuplée de nomades, qui remet en cause la sécurité alimentaire.

L’exemple de cette sécheresse historique démontre également clairement l’impact du réchauffement climatique sur l’alimentation, même si la situation alimentaire mondiale est liée à la crise structurelle qui sévit depuis le début de l’année 2008.

REUTERS/Thomas Mukoya (KENYA SOCIETY DISASTER)

L’image satellite ci-dessus met en exergue cette situation. Les zones apparaissant en vert sont celles où la croissance végétative est supérieure à la moyenne, celles en beige reflètent des conditions normales et celles en brun, une croissance inférieure à la moyenne. Cette image résume la comparaison de la croissance moyenne observée du 21 juillet au 10 octobre 2009 et la même période entre 2002 et 2008.

En Asie, la situation est également très précaire dans certain pays comme le Bangladesh. En dépit du renforcement du programme de distributions alimentaires, de l’allègement fiscal et de la distribution de subvention de la part du gouvernement, l’adaptation des populations se résume souvent à l’endettement. La crise se traduit par une diminution du nombre des repas, la consommation d’aliments de moins bonne qualité et la réduction des dépenses de santé. Le Bangladesh est un pays densément peuplé, 150 millions d’habitants sur une superficie de 140 000 km2. Par ailleurs, les enfants représentent 40 % de cette population qui est au 3/4 rurale et productrice de riz qui est la première denrée alimentaire.

Déplacés suite au cyclone Aila attendant une ration alimentaire à Shatkhira, Bangladesh en juin 2009

Photo REUTERS/Andrew Biraj

Cependant, en raison de sa situation sur le plus grand delta du monde et en région tropicale, ce pays est particulièrement vulnérable aux cyclones et aux inondations (voir les vidéos du Programme alimentaire mondial : On the road: Bangladesh | WFP | United Nations World Food Programme – Fighting Hunger Worldwide).

Liens :

– Quelques articles du quotidien Le Monde : En Corée du Nord : un déficit alimentaire chronique, Aide au développement, la France ne tient pas parole, La laborieuse gestation d’une gouvernance mondiale sur la sécurité alimentaire.

– Des livres récents : Nourrir le monde : Vaincre la faim de Sylvie Brunel (mars 2009), La faim dans le monde : Crises d’aujourd’hui et défis de demain de Frédéric Baudouin et David Parlongue (oct. 2009),

Le monde a faim : Quelques réflexions sur l’avenir agricole et alimentaire de l’humanité au XXIe siècle de Philippe Chalmin (janv. 2009), Nourrir les hommes : Un dictionnaire de Pierre Alary, Didier Bazile, Edouard Bélizal, et Sophie Berland (oct. 2009).
– Dossier du Courrier International : le Sud face à la razzia des pays riches : touche pas à mes terres (Hebdo n° 991 du 29 oct. 2009)
– Diaporama dans la rubrique « Année Universitaire 2009-2010 » sur « La crise et la sécurité alimentaire »
Le PAM projette de nourrir plus de 90 millions de personnes dans le monde.
Photo TIME


Une réflexion sur “Eradiquer la faim dans le Monde (Sommet de la FAO 16-18 novembre 2009)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s