Après-séisme : la reconstruction d’Haïti se prépare…


Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) vient de lancer un programme de travail contre rémunération employant environ 400 Haïtiens afin d’accélérer l’accès de l’aide humanitaire auprès de la population. Ce programme sera élargi à 700 personnes supplémentaires « qui travailleront à dégager les débris et à rétablir l’infrastructure sociale de base, comme les réparations des rues et des réseaux électriques« .

Dans cette vidéo, Kim BolducReprésentante spéciale adjointe de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINISTAH), Coordonnatrice résidente et Coordonnatrice de l’action humanitaire depuis novembre 2009 – expose les priorités actuelles en Haïti lors d’un entretien le 19 janvier (traduction en français ICI).

– la première priorité est évidemment d’accélérer les secours et donc, de rendre le plus vite possible l’accessibilité au centre-ville mais aussi vers les autres villes touchées par le séisme ;

– « Une décision importante a été prise par le Gouvernement haïtien, avec le concours de la Mission de l’ONU, d’ouvrir un couloir humanitaire. Cette mesure fait suite à l’offre du Président Fernandez de la République dominicaine d’ouvrir un aéroport à la frontière entre les deux pays de manière à ce que les secours qui arrivent puissent y être déchargés et entreposés« .

– Dans la ville de Port-au-Prince, où la densité de la population est très élevée et en raison du grand nombre de destructions (un tiers de l’ensemble de la ville), la grande difficulté reste de trouver des espaces pour installer les survivants et de créer des structures correctes afin de pouvoir accueillir la population déplacée, c’est-à-dire environ 370 000 sans-abris, vivant dans des campements de fortune et ce, certainement pour des mois… La ville de Port-au-Prince est entourée de mornes (collines) où s’entassaient un très nombreuse population, dans des bidonvilles. Parmi ces quartiers, Turgeau (quartier mixte en terme d’habitat) a été particulièrement touché.

Turgeau avant le séisme

Turgeau après séisme

Source : Google Earth + couche superposée DigitalGlobe

C’est dans ce but que le Programme de travail du PNUD est particulièrement important et doit être mené à bien, afin de dégager les décombres au plus vite. Mais la tâche risque d’être très longue…

Par ailleurs, l’ONU-Habitat – Agence des Nations Unies pour les établissements humains – a pour objectif d’effectuer une évaluation de dégâts causés par le séisme sur les bâtiments, d’analyser et de comparer les images satellites, de dresser des cartes de synthèses, de former des techniciens locaux, d’établir des périmètres sécurisés et sur des recommandations permettre des réparations afin d’utiliser certaines constructions le plus rapidement possible pour les secours. Le réseau d’eau et les services d’hygène sont également à réorganiser… Un objectif très ambitieux dans l’urgence.

En effet, lors d’une communication avec la Radio des Nations Unies, le porte-parole du CICR (Simon Schorno) souligne que « la priorité reste l’approvisionnement en eau, ainsi que l’amélioration des conditions sanitaires et le rétablissement des liens familiaux » et il insiste sur le fait que « les conditions sanitaires sont dramatiques: l’accès aux soins primaires, à l’eau et à une nourriture bon marché est insuffisante« .

Habitants du bidonville de « Cité Soleil » (Port-au-Prince) s’approvisionnant en eau à partir d’une canalisation rompue

Photo Olivier Laban Mattei/AFP/Getty Images, Big Picture/Boston Globe

De plus, il faut prendre en compte les villes de la périphérie de Port-au-Prince, dont certaines n’ont été atteintes qu’hier par les équipes humanitaires et où la situation est là aussi très alarmante. C’est le cas de la région de Léogâne où la ville, située sur l’épicentre du séisme de la semaine dernière, est détruite à 90 %. A Jacmel, détruite à 60 %, l’OIM (Organisation Internationale des Migrations) distribue depuis le week-end dernier des bâches, des toiles en plastique et des outils de construction, mais également des pastilles pour la purification de l’eau, des kits de cuisine et d’hygiène ainsi que des moustiquaires.

Certes, il y a urgence pour l’évaluation des dégâts causés par le séisme puisqu’une conférence doit se tenir à Montréal, le lundi 25 janvier rassemblant les différents pays engagés dans l’aide à Haïti, les Nations Unies et les différentes banques de développement afin de préparer le sommet sur la reconstruction qui devrait avoir lieu d’ici quelques semaines. Cependant, à l’heure actuelle, l’ONU-Habitat n’est pas en mesure d’avancer précisément des chiffres. George Deikun, qui coordonne l’intervention de cette agence onusienne a déclaré : « A ce stade, il est très difficile de donner des chiffres. Il pourrait aussi bien falloir 20 milliards et dix ans avant que Port-au-Prince retrouve un visage normal. (…) Il y a très peu de bois et de ressources sur place. Cela va obliger à importer beaucoup de choses, ce qui va faire monter les prix. Nous allons réutiliser au maximum les millions de mètres cubes de gravats » (Le Monde, 20/01/10).

Pour mémoire : la reconstruction de la province d’Aceh, en Indonésie, après le tsunami de 2004, s’est effectuée à partir de la mise en place par le gouvernement indonésien de l’Agence de réhabilitation et de reconstruction (BRR) d’Aceh et de Nias en mai 2005 (lire article Le Monde). Cependant, la réhabilitation n’est toujours pas achevée 5 ans après la catastrophe naturelle…

Une rue de Port-au-Prince (17 janvier 2010)

Photo REUTERS/Daniel Aguilar, Big Picture/Boston Globe

L’ensemble des éléments exposés dans ce billet met en exergue, une fois de plus, la nécessité de prévoir une prévention efficace des catastrophes environnementales, en particulier dans les pays en développement, qui du fait de leur pauvreté, souffrent des dommages humains et structurels beaucoup plus élevés que dans les pays industrialisés. Or, la prévention passe obligatoire, aussi, par une éducation des populations mais demande des moyens financiers et techniques importants que ces pays ne sont pas en mesure de fournir, dans la plupart des cas. Il existe bien une interaction flagrante entre catastrophes naturelles et pauvreté.

Une réflexion sur “Après-séisme : la reconstruction d’Haïti se prépare…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s