Mouvements de population en Haïti : un état des lieux des déplacés internes et des migrants (27/01/2010)


Avec le séisme qui a fortement ébranlé Haïti, la question du statut des personnes affectées par des catastrophes naturelles de grande envergure (inondations, cyclones tremblement de terre ou éruptions volcaniques) se pose, plus que jamais. La majeure partie de la population ayant survécu en Haïti a été déplacée, contrainte et forcée, les maisons étant endommagées ou s’étant écroulées.

Camp de déplacés à Port-au-Prince (Haïti)

25/Jan/2010. Port-au-Prince, Haiti. UN Photo/Marco Dormino

Cependant, même si leur cas semble parfois se rapprocher de celui des populations obligées de fuir face aux conflits, vis-à-vis de la législation internationale, ils se trouvent dans une situation bien différente : leur gouvernement les soutient, ou essaye de le faire par tous les moyens, ce qui n’est pas le cas lors des conflits. De ce fait et indépendamment de l’ampleur de leurs besoins en termes de nourriture, d’abris ou de santé, ils ne peuvent pas prétendre à une demande d’asile à l’extérieur de leur pays. En effet, si la demande d’asile peut aboutir, dans le meilleur des cas à un statut de réfugié, ces derniers sont définis (Convention de Genève 1951) comme des personnes qui se trouvent hors de leur pays de nationalité ou de résidence habituelle, craignant avec raison d’être persécutées du fait de leur race, religion, nationalité, appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques (relire à ce sujet le post du 14 novembre 2008, « Quel statut pour les réfugiés de l’environnement ?« ).

Ce statut ne doit pas être confondu avec celui des déplacés internes (IDP en anglais) qui sont des personnes contraintes de quitter leur lieu d’habitation à cause d’un conflit ou d’une catastrophe naturelle. Contrairement aux réfugiés, les déplacés internes restent à l’intérieur des frontières de leur propre pays.

Actuellement, dans le cas d’Haïti et selon les données de l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations), entre 900 000 et 1,1 million de personnes déplacées, dont une grande majorité dans la capitale, Port-au-Prince, auraient besoin d’abris de toute urgence. Ceci explique que l’organisation et ses partenaires centrent leur action sur l’aide à l’hébergement d’urgence en distribuant leurs stocks de bâches en plastique jusqu’à ce qu’un nombre suffisant de tentes familiales arrivent en Haïti (100 000 sont en cours d’acheminement). Ces prochains arrivages devraient permettre d’abriter des familles sans-abri, sur de nouveaux sites, et d’améliorer les conditions de vie dans pratiquement 600 à 800 camps de fortune (ce dernier chiffre étant avancé par l’ONU le 27/01/10) qui se sont implantés spontanément à Port-au-Prince et dans les autres villes et villages touchés dans le pays, depuis le séisme du 12 septembre.

Photo ICRC / Marko Kokic / HT-E-00520

Le problème majeur est d’anticiper le mieux possible l’arrivée des pluies et de la saison cyclonique qui débute en juin. En effet, le chef de mission de l’OIM en Haïti souligne que ces types d’abris sont une option provisoire pour la saison sèche (dans les 3 à 5 mois à venir), mais que des solutions de logements de transition, suffisamment durables, doivent être envisagées avant l’arrivée des fortes pluies et pour une durée d’au moins 2 ans.

Les cartes de répartition des déplacés internes ci-dessous, montrent à la fois l’augmentation du nombre de personnes en condition précaire de logement et la dispersion de ces camps de fortune.

Carte des déplacés internes à Port-au-Prince, le 17 janvier 2010 (publiée le 26/01/10)

Source : ReliefWeb/Ithaca/WFP

Carte des déplacés internes entre Port-au-Prince et Léogâne du 18 au 22 janvier 2010 (publiée le 25/01/10)

Source : MapAction

Cliquer sur les cartes pour accéder à leur taille réelle

Le gouvernement haïtien et les organisations humanitaires sont confrontés à différents défis. Il est indispensable de trouver des espaces sûrs pour installer et regrouper en partie la population déplacée et, en même temps, d’assurer l’amélioration et la sécurité de certains sites actuels. Il semble difficile de trop éloigner les populations de leurs quartiers de résidence antérieurs au séisme afin de respecter l’esprit communautaire de ce peuple. Il apparaît donc que l’organisation de camps ne regroupant pas plus de 10.000 personnes permettrait, d’une part, à l’administration haïtienne et aux humanitaires une meilleure coordination des services et des opérations de distribution d’eau, de la mise en place d’un assainissement, et de la mise en place d’infrastructures provisoires de santé, d’alimentation et d’éducation et, d’autre part, de faire face au manque d’espaces urbains ouverts de taille suffisante pour accueillir ce genre d’infrastructures.

Source : 19/01/10 AP / The Miami Herald / Patrick Farrell

Parallèlement à ces camps de déplacés, le pays doit également faire face à un mouvement important de migrations intérieures de Port-au-Prince vers les villes de province. « Le gouvernement estime que 235.000 personnes ont quitté Port-au-Prince grâce aux transports gratuits proposés par le gouvernement« . Cette initiative du gouvernement permet également de réduire le nombre de sans-abris à Port-au-Prince et devrait faciliter la prise en charge des victime. Les causes des départs sont liées aux conditions de vies particulièrement difficiles dans la capitale (manque de nourriture, organisation économique anéantie, insécurité, maisons endommagées et non habitables, peur des répliques sismiques…).  Selon la Minustah, aucun chiffre officiel n’est avancé sur le nombre de personnes migrant vers le reste du pays, cependant le mouvement semble s’accroître.

Mouvements de population de Port-au-Prince vers la province (22 janvier 2010)

Source : OCHA

Selon l’OCHA et comme le montre la carte ci-dessus, les migrants se dirigent principalement vers le département de l’Artibonite au centre-ouest et notamment vers la ville de Gonaïves déjà très touchée par les cyclones en août/septembre 2008 et qui n’a pas encore récupéré, vers les départements du nord (Cap-Haïtien) et du nord-ouest (Port-de-Paix), mais aussi vers le sud-ouest Grand Anse (Jérémie) et Nippes, le département du sud (Les Cayes).

Des Haïtiens quittent Port-au-Prince sur des embarcations de fortune après le séisme

20/Jan/2010. Port-au-Prince, Haiti. UN Photo/Marco Dormino

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