Quel avenir pour Haïti ?


11,5 milliards de dollars seront nécessaires au cours des dix prochaines années pour reconstruire Haïti suite au séisme du 12 janvier. Mais s’agit-il seulement de milliards de dollars et comment, surtout les utiliser ? Haïti est à construire et non pas à « re-construire ». Cependant, seuls les Haïtiens pourront le faire à travers leurs choix.

Photo Marie-Sophie, Port-au-Prince 1987

Le Président Préval et son gouvernement ont déjà élaboré un plan d’action stratégique national et les pays donateurs doivent s’engager à les aider. Hier (mercredi 31 mars 2010), à New York, les gouvernements et les partenaires internationaux, réunis en conférence au siège des Nations-Unis ont fait une promesse de dons pour les 24 premiers mois de reconstruction, soit une somme supérieure aux demandes aux demandes effectuées par le gouvernement haïtien.

Ce don sera sous la gestion de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (IHRC) qui devra veiller à ce que l’argent soit utilisé à bon escient et qui sera co-présidée par l’envoyé spécial de l’ONU pour Haïti, Bill Clinton, et le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive. L’objectif prévu, serait qu’Haïti prenne le relais de cette Commission mixte dans 18 mois.

Visite de Bill Clinton et GeorgeW. Bush à Port-au-Prince le 22 mars 2010, en compagnie du Président René Préval (AP Photo/Jorge Saenz) Big Picture.

1,3 million de personnes sont sans-abri et vivent, pour la plupart, dans des conditions précaires dans 460 camps de déplacés où les équipements sont très insuffisants, voire inexistants. Dans ces conditions le  spectre des épidémies, les explosions de violence sont fortement à craindre, sans compter l’arrivée imminente de la saison des pluies, suivie de celle des cyclones à partir du mois de juin. Or, jusqu’à présent, l’appel lancé par les Nations Unies n’a été honoré qu’à 50%, ce qui laisse supposer que si un nouvel apport immédiat n’est pas effectué, la situation risque de s’aggraver.

Vue générale d’un camp de déplacés

Photo Edyta.Materka Licence Creative Commons – Flickr

A l’heure actuelle, 40 000 sinistrés seraient menacés par les pluies. Le relogement devient très urgent. Mais selon les Nations Unies, « Le nombre d’Haïtiens vivant dans des abris de fortune depuis le séisme et devant être relogés d’urgence avant la saison des pluies pourrait être abaissé à 9.000 si des mesures sont prises » (TV5.org, 1er avril 2010) ; alors que récemment, l’OCHA estimait à 218 000 le nombre de personnes vivant dans des sites à risque et devant être relogées… Il est permis de se poser des questions ! En effet, la quasi totalité des sinistrés est soumise aux risques de glissements de terrain dès la moindre averse tropicale… Il est donc quasiment impossible de remédier rapidement à une telle situation !  Les glissements de terrain en milieu urbain en Haïti sont dus à une urbanisation incontrôlée, effectuée sans aucun plan préétabli et en particulier au constructions précaires (bidonvilles) situées en grande partie sur les mornes pentus. La photographie de Liliane Pierre-Paul, ci-dessous, en témoigne très clairement.

Haiti Bidonvilles
Mise en ligne par Liliane Pierre-Paul

« Ces images de bidonvilles de béton perchés sur les collines surplombant la capitale haïtienne Port- au – Prince résument à elles seules les graves problèmes auxquels Haïti se trouve confronté ; exode massif de la campagne vers les villes, inexistence d’une politique de logements sociaux, absence d’un plan d’aménagement du territoire et surtout aucune stratégie de protection de l’environnement. Le tout constitue un grave danger menaçant simultanément l’équilibre social et écologique du pays » (Commentaire de la journaliste haïtienne Liliane Pierre-Paul).

Depuis plus d’un mois déjà, des propositions de relogement sur des sites provisoires, installés à l’extérieur de la capitale ont été faites, mais rien n’est encore arrêté et le temps presse car les premières pluies ont déjà commencé…

Mud after rain, Sainte-Marie
Mise en ligne par Inside Disaster

Par ailleurs, la reconstruction n’est pas seulement matérielle. Dans un pays qui était déjà le plus pauvre de l’hémisphère Nord et où les jeunes de moins de 14 ans constituent environ 40 % de la population totale et les jeunes de 15 à 24 ans, 20 %, il convient d’envisager un restructuration complète au plan social. L’UNICEF et certaines ONG ont organisé une série de discussions autour de jeunes Haïtiens de 5 à 24 ans à travers tout le pays du 26 février au 5 mars,  au cours desquelles ces derniers ont pu exprimer leur point de vue sur des questions relatives à l’égalité des sexes, le handicap, la violence et la maltraitance, la réduction des risques liés aux catastrophes, ainsi que leurs propres droits et responsabilités après le séisme comme le soulignent un excellent communiqué de l’UNICEF du 30 mars.

Urgence également dans le secteur agricole, même s’il a été peu touché par le séisme en comparaison avec le milieu urbain. Mais là encore les liquidités sont insuffisantes, les semences manquent et les semis de printemps, qui représentent 60 % de la production annuelle, sont donc sérieusement compromis. Or, le secteur agricole est la base d’une réponse à l’insécurité alimentaire et aux conséquences humanitaires du séisme. Urgence encore car de nombreux sinistrés ont migré vers les lieux de résidence de leurs familles ou de leurs amis dans les campagnes haïtiennes, multipliant par 2 voire 4 la population résidant dans certaines régions rurales. Les petits agriculteurs, déjà accablés par une pauvreté structurelle ont vu leurs stocks réduits parfois à néant en raison, principalement, de la désastreuse saison cyclonique 2008 dont ils ne se sont toujours pas remis, en particulier dans la région de Gonaïves qui a récemment accueilli un grand nombre de sinistrés du séisme.

Fermier dans l’Artibonite

Photo FAO

Le 31 mars, la FAO avait déjà distribué des semences et des outils agricoles à 68 000 familles d’agriculteurs dans les zones touchées par le séisme du 12 janvier ; d’ici la fin du mois de juin, 1 500 tonnes de semences de cultures vivrières, deux tonnes de semences de légumineuses,100 000plants de bananier, deux millions de boutures d’igname, 1 000 tonnes d’engrais et 95 000 outils agricoles seront encore distribués aux familles rurales ; enfin, 40 000 ménages bénéficiaires ont été ciblés par la FAO dans l’Artibonite (Gonaïves), le centre agricole d’Haïti qui accueille des dizaines de milliers de familles déplacées en provenance de Port-au-Prince.

Liens :

Le Point 31/03/2010 : AIDE INTERNATIONALE HAÏTI – 10 milliards de dollars promis pour la reconstruction

TV5.org 1er avril 2010 : Haïti: près de 40.000 sinistrés menacés par les pluies, appel de l’Onu

FAO : très intéressante communication expliquant parfaitement la situation des zones rurales en Haïti depuis le séisme et dont les médias ont très peu parlé.

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