Haïti : Des camps de déplacés à la reconstruction de quartiers 3 mois après le séisme


A l’arrivée de la saison des pluies et de la saison cyclonique, dans moins de 2 mois, se pose toujours la question du relogement de 1,3 millions d’Haïtiens regroupés dans des camps de déplacés, sous des temps et avec le minimum d’infrastructures, au risque de les soumettre à une nouvelle catastrophe liée aux inondations et/ou aux coulées de boues. De nombreux camps dispersés sont situés sur des pentes dominants Port-au-Prince, la capitale, et sont donc soumis à d’importants risques (inondations, coulées de boues emportant tout sur leur passage) en raison des pluies tropicales qui ont commencé à s’abattre sur l’île depuis le début du mois d’Avril.

Le quartier Georges dans Port-au-Prince* (Photo RF – Radio France) est un exemple de ce type de camps.

Quelles possibilités de relogements, 3 mois après le séisme ?

Dès les premières premiers jours qui ont suivi le séisme, de nombreux camps improvisés ont vu le jour très rapidement. Les destructions d’habitat, la peur des habitants de retourner dans leur maison déclarées inhabitables a amplement contribué à cette explosion de camps provisoires qui risquent de se prolonger très longtemps.

Fin janvier début Mars, un projet du gouvernement haïtien pour le relogement des sinistrés dans de vastes camps à l’extérieur de Port-au-Prince, abritant 400.000 tentes familiales pouvant chacune accueillir entre cinq et dix personnes avait vu le jour, afin que les campements de fortune, très nombreux et anarchiques, soient abandonnés, principalement en raison des risques d’épidemies et du fait d’un manque de terres disponibles. Les sans-abri haïtiens étaient par ailleurs sceptiques face à ce projet et nombreux étaient ceux qui refusaient de s’éloigner de leur quartier d’origine.

Camp provisoire pour les Haïtiens sans abri à Port-au-Prince le 17 janvier 2010

AP Photo/Tyler Anderson, Pool, Big Picture, Boston Globe

Reconstruire, un chantier d’au moins deux ans (Reportage à Port-au-Prince de Sophie Parmentier, France Infos)

Le nouveau plan, élaboré en mars 2010 et accepté par les grands groupes internationaux est le suivant dans un premier temps : les habitants qui le peuvent seront encouragés à revenir dans leurs foyers que les ingénieurs les ont jugés sûrs. Ceux pour qui ce retour dans leur maison est impossible seront aidés afin que les débris dans leur quartier soient enlevés pour qu’ils puissent y retourner. D’autres devront compter sur de l’aide familiale.

Sur plus d’un million de personnes vivant actuellement dans 460 camps de déplacés, 250 000 personnes vivent dans des camps « spontanés » et il est prévu que plus de 100 000 soient transférés rapidement dans des sites plus aménagés.

Le gouvernement, dans le Plan d’action pour le relèvement et le développement d’Haïti, a identifié 5 sites, qui doivent être aménagés de façon urgente, afin d’abriter 100 000 personnes, et sur lesquels des abris provisoires doivent être installés. Il est également prévu que ces sites deviennent de nouveaux quartiers permanents où l’habitat temporaire sera progressivement remplacé par des habitations définitives avec des infrastructures et des services de base adéquats. Toutefois, il est impératif que le plus grand nombre de personnes soit évacué avant la saison cyclonique…

Site du projet de camp de Tabarre Issa

©RF/Caroline Caldier

Des habitats provisoires sont également en construction mais le futur village des Antilles à Croix-des-Bouquets, situé à environ 10 km de Port-au-Prince, sur des terrains destinés à la reconstruction, n’est pour l’instant qu’une étendue de graviers où seules des tranchées ont été creusées pour accueillir les futures latrines, alors que le chantier est ouvert depuis un mois. Les autorités assurent tout même que le chantier devrait être terminé pour le mois de juin…

Maquette du village privé qui aurait dû être construit à l’emplacement du Village des Antilles

©RF/Caroline Caldier

La question fondamentale est la suivante : le gouvernement haïtien trouvera-t-il suffisamment d’espace disponible pour la reconstruction, sachant qu’il n’existe pas de cadastre en Haïti et il assez de fonds afin d’indemniser les propriétaires dont il risque de réquisitionner les terrains ?

Quartiers populaires et bidonvilles à Port-au-Prince

Vue de Delmas 33 à Port-au-Prince le 24 février 2010

Photo REUTERS/Carlos Barria, Big Picture, Boston Globe

Les bidonvilles sur la colline de Canapé Vert, hauteurs de Port-au-Prince

Photo James Breeden

En effet, depuis de nombreuses années, l’afflux des populations vers les villes a entraîné la « bidonvilisation » des zones urbaines, créant un processus de désintégration et de grande fragilité, non seulement dans le domaine urbain mais à l’échelle de tout pays. L’informel en terme d’habitat est la règle et le contrôle de la gestion urbaine est absent. Le tremblement de terre du 12 janvier dernier n’a fait que révéler cet état de fait général. La reconstitution de quartiers formels va être particulièrement difficile dans le cas des zones d’habitat informel qui, pour certaines, sont restées sur pied après le séisme et où la situation reste la même qu’avant le séisme. La restructuration de la ville prendra beaucoup de temps, dans un pays où la gestion urbaine n’existe pas, et les quartiers d’habitat défavorisés ne pourront être réhabilités que lorsque le centre de Port-au-Prince aura été reconstruit. Par ailleurs, le risque sismique devra dorénavant être pris en compte…

©RF/Caroline Caldier

La reconstruction des bâtiments et des maisons en passant par les commerces, les bureaux privés et les bâtiments officiels, passe en premier lieu par une destruction des restes de ces édifices et par le déblaiement des gravas, travaux de longue haleine effectués en grande partie par les Haïtiens eux-mêmes à travers l’accord « Cash for Work » (argent contre travail, 4 à 5 dollars payés par jour). Ce système a été proposé par les Nations Unies, sous la responsabilité l’Agence Américaine pour le Développement international en Haïti (USAID). Ce programme s’apparente au programme « Vivres pour travail » initié par le Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti depuis les lendemains des dernières  tempêtes qui ont frappé le pays notamment aux Gonaïves et à Cabaret en vue de contribuer à la relance des activités économiques dans régions durement touchées par la famine et l’insécurité alimentaire. La reconstruction dans ces conditions est particulièrement lente.

Reconstruction d’une école dans le quartier de Bois Vernat près du Champs de Mars

©RF/Caroline Caldier

* Photographies :RF/Laurent Roult, Jean-Marie Porcher ; Réalisation : Caroline Caldier

Une réflexion sur “Haïti : Des camps de déplacés à la reconstruction de quartiers 3 mois après le séisme

  1. Pour reconstruire Haiti il ne faut pas accepter les bidons villes, si on laisse certains terrains pour les victimes il faut qu’on les accompagne dans l’idée de bien consstruire leurs maisons et aussi on doit mettre en place un plan d’arpentage avec un = pr chacun.

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