Le quartier de Jalousie.
Suspendu au-dessus de Petionville, la banlieue chic de Port-au-Prince, le quartier de Jalousie fait partie des cibles du 16/6. Depuis 2013, ce bidonville de 45 000 habitants a changé radicalement de visage. Les façades d’un millier de maisons ont été repeintes, dans le style des villes imaginaires du peintre haïtien Préfète Duffaut. Et tant pis si des esprits chagrins prétendent que les 1,4 million de dollars de l’opération ont surtout été dépensés pour offrir une vue plus agréable aux riches clients de l’hôtel Oasis, un 5 étoiles juste en contrebas reconstruit après le séisme. (Photo  Pierre Morel)

Haïti 2016 (2) : Reconstruction, réhabilitation et relogement après le séisme de 2010


Photo: Hector Retamal Agence France-Presse - Haïti n’a pas vraiment agi sur le bâti depuis le séisme d’il y a six ans.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse -Haïti n’a pas vraiment agi sur le bâti depuis le séisme d’il y a six ans.

Comme nous l’avions souligné dans l’article « Haïti 2016 (1) », daté du 19 janvier 2016 : La reconstruction et la réhabilitation du bâti post-séisme en Haïti, en général et à Port-au-Prince, en particulier, est loin de prendre en compte toutes les recommandations pour la reconstruction des bâtiments et logements.

Un des quartiers populaires de Haïti en 2010 : Jalousie, un quartier populaire surplombant Pétion-Ville et dont nous allons parlez ci-dessous…

Le Bureau des Nations Unies chargé de la coordination de l’aide humanitaire (OCHA) affirme que, 6 ans après le violent séisme du 12 janvier 2010, l’action humanitaire a obtenu des résultats significatifs. Cependant, en dépit des progrès effectués, si 96% des 1,5 millions de personnes déplacées ont quitté les camps grâce, en partie, à des programmes de retour et de relocalisation, le pays peine à se reconstruire et 61.000 personnes déplacées vivent toujours dans les 45 camps de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Même si la situation s’est améliorée, les personnes déplacées ont besoin d’une solution durable en matière de logement. En effet, la plus grande craintes des ONG et du gouvernement est celle de voir ces camps se transformer en bidonvilles…Malheureusement, le financement de l’action humanitaire diminue considérablement, ce qui met en danger les progrès importants déjà réalisés et qui conduit à un retrait progressif des acteurs humanitaires.

1.Rendre la misère invisible : le quartier de Jalousie

JalousieEnCouleurs-bis

Comme le soulignent Kim Wall et Caterina Clerici dans leur article « Haïti et ses habitations : des bidonvilles aux grands hôtels pour ONG »

Le nom du projet- «Beauté contre pauvreté: Jalousie en couleurs» – illustre une fausse dichotomie appliquée à Haïti bien plus souvent qu’à d’autres destinations sous-développées d’un point de vue touristique. – Libération 14/01/2016

mais la réalité est toute autre :

Jalousie a changé de visage depuis la décision du gouvernement de peindre les centaines de maisonnettes de ce quartier visible un peu partout à Pétion-Ville – Le Nouvelliste 15/01/2014)

Et oui, la misère n’est pas belle à voir depuis que le pays décidé de faire rentrer des devises en re-développant le tourisme… (à relire article « Jalousie en couleur » : transformation extrême d’un bidonville » Huffington Post Québec, 16/05/2013)

Le quartier de Jalousie. Suspendu au-dessus de Petionville, la banlieue chic de Port-au-Prince, le quartier de Jalousie fait partie des cibles du 16/6. Depuis 2013, ce bidonville de 45 000 habitants a changé radicalement de visage. Les façades d’un millier de maisons ont été repeintes, dans le style des villes imaginaires du peintre haïtien Préfète Duffaut. Et tant pis si des esprits chagrins prétendent que les 1,4 million de dollars de l’opération ont surtout été dépensés pour offrir une vue plus agréable aux riches clients de l’hôtel Oasis, un 5 étoiles juste en contrebas reconstruit après le séisme. (Photo Pierre Morel)
Le quartier de Jalousie.
Suspendu au-dessus de Petionville, la banlieue chic de Port-au-Prince, le quartier de Jalousie fait partie des cibles du 16/6. Depuis 2013, ce bidonville de 45 000 habitants a changé radicalement de visage. Les façades d’un millier de maisons ont été repeintes, dans le style des villes imaginaires du peintre haïtien Préfète Duffaut. Et tant pis si des esprits chagrins prétendent que les 1,4 million de dollars de l’opération ont surtout été dépensés pour offrir une vue plus agréable aux riches clients de l’hôtel Oasis, un 5 étoiles juste en contrebas reconstruit après le séisme. (Photo Pierre Morel, Texte de Romain Cruse).

Photo extraite de l’excellent article « Les nouvelles couleurs de Port-au-Prince » (10/2014) du site Visionscarto

Mais les couleurs n’estompent pas les problèmes qui demeurent à l’intérieur de ce grand bidonville situé sur les pentes de Morne-Calvaire et surplombant la capitale du pays. Et surtout, la couleur ne protège en rien les habitants des risques encourus en continuant à vivre dans des logements ne respectant pas les normes anti-sismiques… Par ailleurs, le reboisement promis, qui éviterait les coulées de boue lors des pluies diluviennes, est au point mort… (AlterPress, 07/2013)

Les touristes aisés, qui ne sont pas toujours informés de ce genre de contraintes passent devant Jalousie pour aller rejoindre les superbes hôtels du quartier de Pétion-Ville…(articles Le Figaro et Le Monde Janvier 2016)  et semblent même, au vu du nombre de photos circulant sur internet, trouver l’idée judicieuse… Mais connaissent-ils au moins, les réelles conditions de vie de la population du quartier de Jalousie ?

2. Les camps oubliés : Camp Acra Delmas 33

Le camp d'Acra est situé dans le quartier Delmas 33, en plein coeur de Port-au- : Prince. Il est divisé en deux parties, Acra Sud et Acra nord. (Source : Radio-Canada)
Le camp d’Acra est situé dans le quartier Delmas 33, en plein coeur de Port-au- : Prince. Il est divisé en deux parties, Acra Sud et Acra nord. (Source : Radio-Canada)

Avec les années, le Camp Acra se transforme peu à peu en bidonville…

Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien de Haïti datant de 1898, soulignait dans son numéro du 10 septembre 2015 que :

Des centaines de maisonnettes en tôle et en bâches. Des petits commerces çà et là : charbon de bois, sous-vêtements pour enfants, nourriture… Et un système de canalisation inexistant. Le camp Acra de Delmas 33 se transforme peu à peu en un bidonville, en plein cœur de la commune la plus riche du pays. Si le paysage de tentes et de bâches est tombé dans l’oubli et les déplacés devenus invisibles aux radars médiatiques et gouvernementaux, les camps n’ont pas disparu pour autant, rappelant comme autant de plaies béantes le problème du logement encore non résolu. (Source : Le Nouvelliste)

Les camps existent encore. Même si les bilans des ONG ont été plutôt positifs sur le nombre de relogés fin 2015 en terme de diminution de déplacés, beaucoup de familles vivent encore dans des camps comme le camp Acra à Delmas qui défie toutes les statistiques de relocalisation et d’amélioration du quotidien de ses habitants : insalubrité chronique, petits commerces, secteur informel de subsistance dont le commerce de l’eau traitée, absence d’électricité…

Les familles qui demeurent toujours dans des camps sont les plus vulnérables, celles qui ont tout perdu, qui n’ont pas de famille pour les héberger, celles qui n’ont pas les moyens de réparer leur logement, celles qui souvent n’ont pas d’emploi stable, celles qui se considèrent encore  comme des sinistrés.

Camp Acra - Delmas 33, Port-au-Prince, Haïti (Source Radio Canada)
Camp Acra – Delmas 33, Port-au-Prince, Haïti (Source Radio Canada

3.Programme de reconstruction et de logement (Développement Communautaire Participatif en Milieu Urbain) : Cas de Delmas 32 et environs

A view of Delmas 32, a neighborhood in Haiti which many residence are beneficiaries of the PRODEPUR- Habitat project
A view of Delmas 32, a neighborhood in Haiti which many residence are beneficiaries of the PRODEPUR- Habitat project, in Delmas 32 et Haiti. The neighborhood now has electricity until 11pm, with new improvements to sidewalks and homes. Photo: Dominic Chavez (07/11/2012) / World Bank 

Après le tremblement de terre, le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD) a été désigné par l’Etat haïtien et la Banque Mondiale pour mettre en œuvre le Projet de Développement Communautaire Participatif en Milieu Urbain – Financement Additionnel (PRODEPUR Habitat). Ce programme a été financé par la Banque Mondiale et mis en oeuvre par la Fondation panaméricaine de développement (PADF).

Six ans après le séisme du 12 janvier 2010, les travaux de réhabilitation urbaine ont permis d'améliorer la qualité de vie de la population de Delmas 32 et d'autres quartiers limitrophes. Source : PDAF
Six ans après le séisme du 12 janvier 2010, les travaux de réhabilitation urbaine ont permis d’améliorer la qualité de vie de la population de Delmas 32 et d’autres quartiers limitrophes. Source : PDAF

PRODEPUR travaille activement à renforcer les capacités des organisations communautaires, les encourageant à définir leurs propres priorités locales et les aider à mettre en œuvre des interventions critiques dans les domaines de la santé, l’éducation, la micro-entreprise, et de l’infrastructure (marque rouge sur la carte ci-dessus).

Haiti Projetcs : PRODEPUR et PRODEPUR-Habitat
Haiti Projects : PRODEPUR et PRODEPUR-Habitat (Source PADF)

PRODEPUR-Habitat travaille à la reconstruction des maisons, améliorer les infrastructures collectives, et à créer un plus grand accès aux services sociaux de base dans le cadre d’un plan visant à revitaliser les zones les plus densément peuplées de la région métropolitaine de Port-au-Prince (marqueur vert)

Quelques exemples de reconstruction et réhabilitation de Delmas32 (Source : PRODEPUR-BMPAD)

4.Construction ex-nihilo : le Village Lumane Casimir à Morne-à-Cabris

Le projet d’aménagement et de construction de 3000 logements à caractère social à Morne à Cabris s’est inscrit dans le cadre des interventions du gouvernement Martelly-Lamothe visant à apporter une réponse au problème de déficit de logements sociaux que connaissent les couches vulnérables de la population haïtienne.

Ce projet, situé dans la commune de la Croix des Bouquets, à l’intersection de la bretelle reliant la route nationale n° 3 à la route nationale n° 1, visait à offrir aux familles affectées par le séisme du 12 janvier 2010 un logement locatif en considérant à la fois les aspects liés à l’habitat et en s’assurant de la disponibilité:

  • des services urbains de base
  • des établissements d’enseignement primaire, secondaire et à vocation professionnelle
  • des espaces publics et de loisirs.
Plan d'ensemble du village Lumane Casimir Morne-à-Cabris
Plan d’ensemble du village Lumane Casimir Morne-à-Cabris (Source UCLBP)

Pourtant, 6 ans après le séisme du 12 janvier 2010, le problème du logement social en Haïti n’est toujours pas résolu.

L’organisation Konbit ayisyen pou lojman altènatif (Kayla) souligne que les loyers sont beaucoup trop élevés – 2500 gourdes (monnaie d’Haïti) soit environ 42 US$/mois. Par ailleurs, les locataires ne devraient payer que 1,500.00 gourdes par mois, selon ce qu’avait annoncé Martelly qui accordait lors du lancement du projet une participation de l’Etat haïtien.(Source AlterPress).

Sachant que le salaire minimum horaire était en 2015 à 240 gourdes soit 4 US$*, ce ne sont pas les catégories vulnérables qui peuvent bénéficier de ces logements.

Enfin, l’approvisionnement en eau potable est toujours assurée par des camions citernes…

*Rappel : 72 % des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 2 US$ par jour soit moins de 240 gourdes) et la moitié vivent avec moins d’un dollar par jour soit moins de 120 gourdes (PNUD).

Une réflexion sur “Haïti 2016 (2) : Reconstruction, réhabilitation et relogement après le séisme de 2010

  1. Coucou,

    Merci d’avoir partagé cette information. Il est vrai que remonter la pente n’est pas chose facile. Je me souviens de l’élan de solidarité du monde entier lors des catastrophes survenues à Haïti. Je suis très optimiste pour le progrès de l’île.🙂

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